Origines du gyropode : l’histoire de Segway

Accueil / Blog / Origines du gyropode : l’histoire de Segway

Nous vous en parlions dans un précédent article : aujourd’hui, “Segway” est davantage cherché que “gyropode” sur internet. 27000 requêtes mensuelles pour le premier terme contre environ 18000 pour le second. Etonnant quand on sait que “segway” est une marque et non l’appellation technique de ce véhicule électrique individuel.

A cela, une explication : l’histoire de Segway est étonnante. C’est en fait l’histoire… d’un rendez-vous manqué entre le grand public et une petite révolution dans le monde des transports. Retour en 2001. La bulle spéculative des nouvelles technologie vient d’éclater. Les investisseurs sont nombreux à avoir la gueule de bois. Pourtant, quand l’inventeur Dean Kamen présente son premier modèle de Segway, il reçoit un accueil plutôt enthousiaste… notamment de la part des jeunes millionnaires des NTIC comme on les appelle alors chez nous (acronyme pour Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), qui s’empressent d’investir. Un tableau de chasse plutôt impressionnant : le gourou de la finance de la nouvelle économie  John Doerr  (ancien super-vendeur d’Intel reconverti dans le capital risque ; son curriculum vitae : Compaq, Sun Microsystems, Amazon, Google… pour ne citer qu’eux !), Steve Jobs (un mythe qu’on ne présente plus) ou Jeff Bezos, fondateur d’Amazon font partie de ceux-là.

Février 2002 : Dean Kamen présente son premier modèle de Segway devant les investisseurs

La promesse d’une transition vers un mode de transport alternatif

Il faut dire que l’appareil mis au point par Kamen promet rien moins qu’une transition vers un mode de transport doux et individuel. Plus qu’un nouveau mode de transport, il propose une alternative à la voiture et invite à repenser la circulation en milieu urbain. Imaginez un monde où celui qui se déplace n’est plus confiné dans un espace clos comme celui de la voiture, mais au grand air… Plus qu’un véhicule, Segway est une manière de se réapproprier la ville.

La première génération de Segway se dirige “manuellement”, grâce à une poignée qui permet de faire tourner le véhicule. La seconde génération, commercialisée à partir de 2006, intègre la direction “corporelle”. Désormais, on fait tourner le véhicule avec son corps grâce à la technologie Leensteer. On peut évoluer à une vitesse comprise entre 9 et 20 km/h. Presque magique…

… sauf que le public ne suit pas. Alors que Segway prévoit de vendre 10 000 unités par semaine dès le lancement du produit, le bilan fin 2003 fait état de seulement 6000 ventes. Un bel échec pour un engin si prometteur, dont on disait qu’il révolutionnerait les transports comme l’avait fait la Ford T en son temps.

Les raisons d’un échec

Qu’est-ce qui explique ce rendez-vous manqué ? Sans doute en grande partie les prix pratiqués par Segway. Plus de 6000 dollars pour un engin… On est très loin d’un modèle permettant au quidam de s’équiper ! Dans ce cadre, seuls les pionniers ont investi. Aujourd’hui encore, Segway reste positionné sur une gamme de prix élitiste, laquelle dissuade probablement le grand public.

Corollaire immédiat : le Segway n’a pas non plus trouvé sa place dans l’imaginaire collectif. On voit bien Jean Dujardin utiliser un gyropode dans le film 99 Francs… mais l’image est restée trop rare pour que le grand public se l’approprie réellement. Cela a été encore renforcé par l’adoption chaotique d’une législation relative au gyropode… ce qui a évidemment perturbé les ventes.

Un nouveau lancement avorté en 2009

Cette histoire tumultueuse se conclut par le rachat en décembre 2009 de l’entreprise Segway par un homme d’affaires britannique, Jimi Heselden. L’homme a fait fortune dans les années 80 et dispose d’un pactole estimé à près de 200 millions d’euros. Il tente alors de rétablir une gouvernance plus efficace chez Segway. Coup du sort, alors qu’il teste un nouveau modèle dans sa résidence du Yorkshire (Angleterre), il est victime d’un accident fatal en flirtant de trop près une falaise avec la machine. La mort d’Heselden intervient dix mois à peine après le rachat de Segway.
Depuis Segway peine à retrouver des investisseurs. En février 2013 la société est achetée par le fond d’investissement Summit Strategic Investments (Saint-Louis, Missouri) qui revend la société à son concurrent chinois Ninebot. En conclusion, force est de constater que l’invention n’a pas reçu le succès escompté et que l’invention de Dean Kamen laissait présager. Le préjudice n’est pas tant pour l’invention elle-même ou ses acteurs de talents mais pour tout ce qu’elle apporterait de solutions aux problèmes environnementaux qui concernent l’ensemble de la planète et donc l’humanité toute entière !

Articles similaires
neomobility gyropode polo